mardi 02 août
Khâmâît, une petite égyptienne sous Ramsès II
Sur la terrasse de la villa des Enfants royaux, Khâmâît, fille du Pharaon, et le nain Khoumhotpou causaient à voix basse. La conversation devait être grave, mais le chien Pirouît la trouvait trop longue. Il avait fait vingt fois le tour des jouets qui traînaient sur le sol : poupées de terre émaillées, pigeons et canards à roulettes, ménages en miniatures, toupies ou ballons, sans leur trouver le moindre attrait. Maintenant il bâillait…
Enfin un coup de sifflet lui fit dresser la tête. Khnoumhotpou l’appelait ; Khâmâît, l’enfant préférée de Ramsès, se séparait de son confident et, en le quittant, mettait un doigt sur ses lèvres comme pour lui recommander le silence.
Le nain fit le même geste et, suivi de son chien, descendit les trois étages de la villa.
Il traversa les jardins de la cité royale, et il se dirigea par une longue allée de palmiers de Nubie vers les appartements privés du Pharaon.
Il passa devant les magasins, devant la caserne de la garde, devant le pavillon de la reine, et gagna la cour d’honneur. Là, les gardes lydiens, coiffés de leur casque rond, vêtus de la jupe égyptienne, armés de l’épée à double tranchant, étaient en faction près de la porte du palais.
On ne pénétrait pas facilement auprès du Pharaon Ramsès, Fils du Soleil, roi des deux Egypte, mais, comme nul n’ignorait que Khoumhotpou était le favori du maître, les soldats, dont quelques-uns jouaient aux dames, ne se dérangèrent même pas lorsque le petit homme et son compagnon à quatre pattes franchirent le seuil de sa demeure.
Le nain pénétra dans la salle d’honneur, ornée de colonnettes – vide en ce moment – où le Pharaon donnait ses audiences, et où l’on adorait le dieu-roi, passa sous la haute tribune parée de banderoles, où se tenait Ramsès lorsqu’il daignait recevoir ses sujets, et entra dans la chambre principale des appartements privés où des serviteurs s’empressaient à la toilette du Fils du Soleil. Il y avait là les barbiers royaux qui avaient le privilège exclusif de lui raser la barbe et les cheveux ; les coiffeurs qui plaçaient sur sa tête les perruques bleues et la tête de serpent ; les valets chargés chargés de polir ses ongles ; les parfumeurs qui noircissaient ses paupières et passaient sur ses lèvres et ses joues les fards blancs et roses ; puis ceux qui le revêtaient – car ce jour-là Pharaon se proposait d’offrir une sacrifice dans le temple d’Amon – de son costume de cérémonie : la longue robe de toile fine, le tablier tissé d’or et orné d’émaux de couleurs, et les sandales recourbées.
Knoumhotpou se prosterna devant le maître qui lui fit un geste amical, puis se réfugia dans un coin, où il se tint silencieux, tandis que la toilette s’achevait. Bientôt coiffeurs, barbiers, parfumeurs et valets s’inclinèrent à leur tour très profondément et disparurent à la file.
Or Ramsès, ayant d’un signe congédié officiers du palais et serviteurs, et achevé de dicter quelques ordres à un scribe accroupi qui les inscrivait sur un papyrus, Ramsès restait songeur, le front appuyé sur sa main droite.
« Knoumhotpou, dit-il, soudain, explique-moi, si tu le peux, pourquoi le maître de l’Egypte, le plus puissant roi du monde, le dieu, Fils du Soleil, est triste, toujours triste, pourquoi ses nuits ne sont que cauchemars, et ses jours que mélancolie, tandis que toi, l’être chétif et disgracieux, qui ne compte pas plus qu’un grain de poussière, tu as toujours aux lèvres de rire et les chansons.
- Seigneur, dit le nain, rien n’est plus simple. Puis-je vous parler à l’oreille ?
- Approche-toi.
- Voici pourquoi vous êtes triste : avant-hier, un esclave du palais a dérobé une pastèque qui vous était destinée, l’a mangée, et est mort dans d’atroces souffrances. Pour le remercier de vous avoir épargné ce danger, vous vous proposez, dès que l’heure sera moins chaude, d’aller offrir un sacrifice à Amon, dieu protecteur de Thèbes.
- Est-ce tout ce que tu sais ?
- Non, Seigneur. Je sais encore ceci : lorsqu’il y a deux mois, le Pharaon, votre père glorieux, fut conduit au séjour des morts, là-bas, dans sa pyramide, bien qu’il vous eût choisi pour lui succéder, le bruit courut que des factieux voulaient mettre à votre place, sur le trône d’or…
- Qui donc ?...
- On a nommé quelques conspirateurs ; on a désigné plusieurs prétendants, et il n’y eut pas de preuves. Vous n’avez pas voulu punir sans être certain. Vous espériez quelque marque de repentir, lorsque la pastèque empoisonnée est venue vous apprendre que, dans l’ombre, se préparait un drame.
- Ensuite ?
- Ce sont les raisons qui assombrissent votre front. Moi, je n’ai pas d’envieux, nul ne songe à m’empoisonner, je n’ai pas le souci d’être un roi et un dieu. Ce sont les raisons qui font ma gaieté.
- Que raconte-t-on encore dans mon palais ?
- Que votre oncle Nakhiti est parti avant-hier pour chasser le lion, et qu’il sera désolé d’apprendre à son retour qu’un de ses esclaves a dérobé votre pastèque.
- Et pourquoi sera-t-il désolé ?
- Je l’ignore, Seigneur.
- Tu sais, au contraire, Khnoumhotpou, beaucoup trop de choses… On a vu disparaître parfois des serviteurs du Pharaon pour des motifs moins sérieux. »
- Le sourcil de Ramsès se fronçait durement ; le sourire du nain s’épanouissait au contraire ; et, négligemment, le petit homme grattait la tête de son lévrier.
« Votre Majesté veut-elle me permettre une proposition ?
- Voyons.
- Je gage un collier d’or contre la bastonnade que je ramènerai la joie dans votre cœur, et que je chasserai à jamais vos tristesses.
- Khnoumhotpou, tu seras bâtonné, crois-moi, si j’accepte ton offre.
- Que Votre Seigneurie essaie.
- Que dois-je faire ?
- C’est simple. La princesse Khâmâît voudrait vous montrer le nouveau jeu qui, depuis hier, fait la joie de toute la villa des Enfants. Faites-la venir ici, avant d’aller au temple d’Amon.
- Me prends-tu pour un petit garçon, dit Ramsès irrité, et crois-tu me distraire avec des amusements de bambins ?
- Seigneur, vous avez promis…
- Soit, je serai heureux de passer un instant avec ma fille chérie. Mais, Khnoumhotpou, tu seras bâtonné.
- J’aurai mon collier d’or. Pour m’aider à le gagner, Votre Majesté me fera une grâce : elle autorisera la princesse Khämâît à amener ses cousins Mykerinos, Amerès et Sahouri, fils de Nakhiti… et, lorsque vous les recevrez, la reine, votre auguste épouse, sera seule présente.
- Je t’accorde tout. Mais tu seras bâtonné, Khnoumhotpou. »…
Lorsque Khnoumhotpou entra, suivi de Khâmâît, de Mykerinos, d’Amerès et de Sahouri, Ramsès était assis dans un large fauteuil sculpté et doré, et garni de coussins. Derrière lui se tenait la reine Nofritari, dont les bras ornés du double bracelet d’or s’appuyaient nonchalamment sur le dossier du siège. Sur une tablette, une corbeille de fruits avait été préparée pour les enfants.
Khâmâît, souriante et coquette, ramena sur le côté sa longue natte brune, rajusta l’amulette – une abeille ciselée – qu’elle portait au cou, et vint s’incliner devant son père et sa mère, tandis que ses cousins, suivant la règle inflexible, se prosternaient jusqu’à terre aux pieds du Pharaon. Ramsès et la reine embrassèrent Khâmâît, et firent un signe aux trois fils de Nakhiti. Les trois garçons se relevèrent.
« Les cousins de Khâmâît sont les bienvenus, dit Ramsès. Vous ne sauriez nous être plus agréables qu’en vous amusant ici aussi librement qu’entre vous… Puisque notre fille chérie a eu l’heureuse inspiration de vous amener, nous serons heureux que votre jeunesse et votre vivacité mettent un peu de gaieté dans notre palais. »
Grâce à Khâmâît, les enfants oublièrent bientôt la présence des souverains, près desquels se tenaient Khnoumhotpou et son inséparable ami, Pirouît. Les jeux s’animèrent vite. On joua sans contrainte aux visites, puis aux métiers. Mykerinos était le plus gai de la bande… Il imitait avec des gestes bouffons le cordonnier perçant une sandale au moyen de l’alène, le cliquetis des navettes du tisserand, le barbier rasant son client ; Khâmâît l’excitait ; tout à coup elle s’écria :
« Nous allons jouer au voleur de pastèques…»
Et, en parlant ainsi, elle fit un signe à Knoumhotpou, qui se pencha vers le Pharaon, et lui dit très bas à l’oreille :
« Seigneur, regardez bien. »
Le jeu commence : une rangée de sièges représente la rue qui conduit à la place principale de Thèbes. Cette petite mise en scène s’inspirait évidemment des promenades faites à travers les ruelles tortueuses où les enfants aimaient à s’arrêter en allant au marché, pour regarder les forgerons manœuvrer avec les pieds leurs soufflets, ou le boulanger tenant par les jambes son fils qui, dans le four jusqu’à mi-corps, place les pains tout au fond.
Sur le dernier siège est assise Khâmâît, marchande de légumes et de fruits. Elle attend patiemment le client, et voici justement Mykerinos qui s’approche, suivi de son esclave Sahouri. Mykerinos est sollicité de tous côtés par les marchands de bijoux, d’onguents, de grains, d’outils, de liqueurs, mais c’est devant notre marchande qu’il s’arrête ; il examine, choisit une pastèque qu’il flaire avec soin pour juger de sa qualité. Il se décide enfin à l’acheter et remet en paiement le quart d’un outnou (L’outnou de cuivre pesait 91 grammes et servait de monnaie d’échange) de cuivre à Khâmâît, et la fruitière déclare à Mykerinos que c’est donné, et que « c’est bien parce que c’est lui. »
Mykerinos tend son achat à Sahouri et revient à la villa qu’il habite dans la cité du Pharaon. Là Mykerinos fait signe à Sahouri de s’éloigner, et, pendant qu’il continue à jouer sa petite scène, Khâmâît s’approche doucement et s’assied aux pieds de son père devenu très attentif.
Mykerinos a pris sa pastèque ; avec une lame très mince, près de la tige, il perce un trou, et il verse à l’intérieur une poudre, ou du moins fait le geste. Puis il appelle ses esclaves, Amerès et Sahouri. Il leur ordonne de préparer un panier de fruits magnifiques : dattes, figues, grenades, raisins séchés, parmi lesquels trônera, appétissante et parfumée, la pastèque à chair rose…
« Vous porterez cela, dit-il, dans les cuisines du Pharaon… Seul le Fils du Soleil est digne de ces fruits que son père a mûris. »
Il se fait apporter son arc et sa javeline et annonce qu’il va dans le désert chasser le lion.
Amerès et Sahouri sont restés seuls, et le jeu continue sous le regard anxieux de Ramsès, de Nofritari et Khâmâît. Les deux esclaves ont pris le panier ; ils se préparent à exécuter les ordres de leur maître… Mais comme ces fruits sentent bon ! Comme ils doivent être exquis… Amerès et Sahouri ne peuvent en détacher leurs yeux… Sahouri, le premier, cède à la tentation… Il dérobe une grenade… Mauvais exemple… ! Amerès se dit que Mykerinos chasse le lion, qu’il est parti pour plusieurs jours… Il entame la pastèque… Mais à peine a-t-il porté un morceau à ses lèvres qu’il tombe foudroyé…, mort !...
Ce jeu est fini… Pharaon s’est levé, pâle.
« Que signifie cette scène ? demande-t-il avec une émotion contenue à Mykerinos.
- Elle signifie, je pense, Seigneur, répond l’enfant, qu’Amon, dieu de Thèbes, punit les gens voleurs et gourmands, ainsi qu’on nous l’enseigne, car l’aventure est arrivée hier à un esclave que mon père avait chargé devant nous de vous porter des fruits…, tandis qu’il chasse dans le désert »
Ramsès resta pensif une seconde…, puis il dit, avec calme :
« Mes enfants, Amon est en effet un dieu juste qui punit les méchants, et l’heure est venue pour moi d’aller à mon temple. Votre jeu m’a plu. Mykerinos, Amerès et Sahouri m’ont charmé par leur intelligence, et je veux qu’avant de regagner la villa des Enfants, tu leur fasses servir, Khnoumhoptou, des gâteaux au miel, des sirops et des citrons confits. Va… »
Et il ajouta, s’adressant à son nain favori :
« Tu auras ton collier d’or, et mieux encore ! »
Lorsque les trois fils de Kakhiti furent sortis, joyeux des friandises qui leur étaient promises, le roi et la reine prirent Khâmâît dans leur bras :
« Enfant que nous chérissons plus que tout au monde, dit Ramsès, tu possèdes un lourd secret… Ton esprit subtil, qui a su deviner le crime dans un jeu innocent et m’en faire juge sans accuser personne, comprendra bientôt que le coupable est puni…, et tu n’en diras rien… Nous avons confiance.
- Je vous aime, » dit simplement la petite fille.
l est maintenant quatre heures… Le Pharaon et la Reine partent pour le temple d’Amon auquel ils vont immoler un taureau…
Le cortège magnifique s’ébranle ; le char du roi et le char de Nofritari s’avancent suivis d’une escorte de princes, de grands dignitaires, de porte-étendards, de porte éventails, de lanciers armés de la pique, de la hache et du bouclier…
Du haut de la terrasse de la maison des Enfants royaux, Khâmâît regarde le défilé. En passant, Ramsès et Nofritari lui ont souri…, et elle suit longtemps des yeux le cortège qui disparaît enfin dans la poussière d’or du soleil qui tombe sur l’horizon.
Longtemps encore elle rêve. Elle se dit qu’elle a fait son devoir, mais elle s’attriste en pensant que Sahouri, Mykerinos et Amerès, ses cousins, ne sauront jamais pourquoi leur père Nakhiti, qui voulait offrir une pastèque au roi, n’est pas revenu de la chasse au lion… Et, sur le sol, gisent abandonnés, poupées de terre émaillées, pigeons et canards à roulettes, toupies et ballons : tous ces jouets ne l’intéressent plus, car on n’est plus une enfant quand on possède un si terrible secret !
Jean CASTINE
vendredi 04 mars
Shourba Al-Imma - Potage au riz avec des boulettes
Ingrédients : Viande hachée (agneau ou boeuf), 500 g
Riz, 100 g, deux oignons, deux gousses d'ail,
Cannelle en poudre
Persil
Farine
Bouillon de légumes
Huile d'olive
Préparez 2 litres de bouillon de légumes aromatisé avec une demi-cuiller à café de cannelle.
Pendant qu'il cuit, mélangez intimement la viande, les oignons et l'ail que vous aurez pelés et hachés, du sel , du poivre et une pincée de cannelle. Façonnez des boulettes de la grosseur d'une noix. Roulez-les dans la farine puis mettez-les à frire dans l'huile bouillante. Retirez-les et déposez-les sur un papier absorbant.
Plongez les boulettes dans le bouillon. Au bout d'un quart d'heure ajoutez le riz et faites-le cuire juste ce qu'il faut.
Servez cette soupe bien chaude après l'avoir poudrée de persil haché.
Pour préparer le bouillon de légumes on fait cuire une carotte, un oignon, une branche de céleri et une petite tomate, à petits bouillons, dans de l'eau peu salée (ou bien, on dilue une tablette...)
vendredi 25 février
Der el-Bahari et la montagne d'occident
Le grand temple funéraire de Deir el-Bahari, construit par la reine Hatshepsout (XVIIIe dynastie), s'érige dans l'un des plus remarquables décors naturels de l'Egypte, au pied des falaises de la Cime de l'Occident, en forme de pyramide. Il correspondait donc au temple haut du complexe pyramidal. On a d'ailleurs retrouvé les vestiges d'un temple bas, ce qui prouve la complète identification de la montagne avec la pyramide. Le site entier était consacré à l'Hathor du Couchant, protectrice des morts. L'architecture du temple destiné aux cérémonies du culte funéraire de la reine, de son père Thoutmosis Ier et son frère et époux Thoutmosis III est visiblement inspirée des formes mêmes du paysage auquel il emprunte à la fois les lignes horizontales des ses strates et les cannelures verticales de la grande falaise. Ses lignes s'harmonisent sans hiatus avec celles de la montagne sacrée, et il fait véritablement corps avec elle. A gauche de la photo, les ruines du temple de Mentouthotep (XIe dynastie, 2055 av. J.-C.). Il comportait jadis une pyramide édifiée sur colonnade qui n'était que la transposition architecturale de la Cime de l'Occident elle-même.
Extrait du livre : Trésor de l'Egypte par Samivel -1954-
samedi 22 janvier
Bracelets de la reine Ouret
Dahchour, complexe funéraire de Sésostris III, tombe d'Ouret ; fouilles du Métropolitan Museum of Art (1994-
1995) , XIIe dynastie, période du règne d'Amenemhat II à celui de Sestrotis III (1932-1842 av. J.-C.)
Portés aussi bien par les femmes que par les hommes, les bracelets étaient un type de bijoux très répandu. Ces joyaux furent retrouvés, avec d'autres, dans une petite pièce murée de la tombe de la reine Ouret, mère de Sestrosis III. Ils sont formés de deux rangs de perles en or, turquoise, cornaline et lapis-lazuli. Longueur : 15 cm. Des fermoirs en or, décorés d'un motif en forme de tresse, assurent la fermeture des bijoux, grâce à un système de rainures et à languettes. Les deux petits lions en or insérés au centre des bracelets symbolisent le pharaon et possèdent sans doute une fonction protectrice.
vendredi 14 janvier
La légende de Sethos
L'histoire de Sethos, fils d'un batelier du Nil et, plus tard, ministre du roi Mykerinos, nous est très connue. Elle nous est contée tout au long par une fresque brune qui se déroule autour des murailles de son tombeau.
Le père de Sethos dirigeait, tout le jour, une barque qui transportait le long du Nil de lourdes pierres de granit, les charges de blé et les jarres pleines d'huile de palme. Deux boeufs patauds tiraient la barque sur la rive.
Sethos jouait tout le jour entre le ciel bleu et l'eau claire. Il cueillait les lotus que la barque frôlait ; ou bien il jetait des pierres aux crocodiles qui dormaient et, comme des troncs d'arbres rugueux, se laissaient aller à la dérive.
Parfois Sethos s'ennuyait, parce qu'il voyait toujours les mêmes rives plates et que le bruit de l'eau lui semblait monotone. Mais un jour, tandis qu'il dormait, son père posa entre ses bras une bête au corps velu.
C'était un petit lion dont les chasseurs avaient tué la mère. En passant ils avaient donné le lionceau au batelier. Sethos l'appela Aken, obtint qu'on le nourrit avec du lait, et bientôt ils devinrent deux grands amis. Quand Sethos dormait, Aken veillait gravement sur lui et passait longuement sa langue rugueuse sur les petites mains croisées.
Malheureusement Aken grandit. Il aimait toujours Sethos, qui ne craignait ni ses griffes puissantes, ni sa gueule énorme. Mais Aken était violent. Quand il descendant sur la rive, il terrassait parfois les chiens des villageois et, un jour, il égorgea un âne qu'il avait surpris au coin d'un champ.
Il fut décidé qu'on le tuerait. Sethos pleura beaucoup en serrant entre ses petits bras la tête rugueuse de son ami. Aken immobile et pensif semblait comprendre qu'un danger le menaçait, et il regardait mélancoliquement la ligne jaune du vaste désert que ses yeux ne devaient plus revoir.
La barque s'était arrêtée dans une anse, à l'ombre des hauts papyrus. Sethos, lui aussi, regardait le désert.
"Aken, dit-il, sauve-toi. Comprends-tuComprends-tu ? Tu es maintenant trop fort et trop sauvage. Mon père t'aime bien, mais il sera puni à cause de tes méfaits. Oublie ton ami Sethos. Sauve-toi. Retourne au désert, où tu ne craindras plus les hommes.
Aken se leva, bâilla, fronça son mufle, regarda Sethos qui lui causait tendrement. Puis, en quelques bonds, il s'enfonça entre les collines. La nuit suivante, l'enfant entendit vibrer dans l'air des rugissements lointains : le lion célébrait sa délivrance.
Les jours passèrent.
Sethos, d'abord triste, finit par oublier son ami lion. Il était plus fort maintenant, et il aidait son père à ranger les marchandises du bateau ou à aiguillonner les boeufs indolents. La vie coulait, monotone, sous le même ciel bleu, sur les mêmes eaux tranquilles.
Vint le temps où le père de Sethos dut payer les impôts au roi Mykerinos. Or, les Égyptiens ne connaissaient pas l'argent. Ils donnaient aux intendants du roi le blé de leurs champs, l'huile de leurs celliers ou le travail de leurs bras.
Mykerinos construisait l'immense pyramide qui porte son nom. Toute une armée de travailleurs taillait dans les montagnes les blocs de granit, les charriait par les chemins, les amenait par les bateaux du Nil, les hissait, d'assises en assises, toujours plus haut. Les hommes haletaient sous le soleil éclatant, mais la volonté du maître et les coups de bâton les redressaient.
Le père de Sethos, pendant toute une lune, devait amener des pierres depuis les carrières, jusqu'aux chantiers. Malheureusement un des boeufs mourut. Tout le jour, à côté de celui qui survivait, le batelier tendait ses muscles pour haler la barque. Pourtant elle n'avançait pas vite. Le besogne était en retard.
"Homme, dit le chef des ouvriers d'un air dur, achète un autre boeuf. Il faut que le travail de Mykerinos s'achève.
- Je n'ai ni blé, ni huile, ni marchandises pour le payer. Je n'ai pas pu travailler.
- Fais tirer ta femme et ton fils. Si ces pierres ne sont pas amenées au chantier à la date fixée, tu seras emprisonnés."
Le batelier reprit tristement sa besogne sur le Nil. La prison, c'était, pour sa femme et son enfant, la misère et la fin. Il faudrait vendre la barque et s'en aller mendier par les bourgs sous les risées des gamins et les moqueries des vieilles femmes. Au lieu de dormir, il voulut continuer la nuit son travail. Sous la clarté froide de la lune, au milieu du silence universel, on entendait le grincement du cordage, le pas lent du boeuf et le halètement du batelier. Les pierres s'amoncelaient sur le chantier. Le chef des ouvriers serait satisfait, et l'on pourrait pendant des mois et des mois reprendre la vie heureuse et les lents voyages tranquilles sur le Nil. Mais un jour, sous le soleil plus
ardent, le boeuf s'affaissa. En vain on essaya de le relever. Le travail de la nuit l'avait tué comme son camarade.
Désespéré, le batelier s'assis sur la rive. La nuit était froide et claire. Un sphinx gigantesque allongeait jusqu'au Nil son ombre énigmatique. Seul, tandis que sa femme et Sethos dormaient, l'homme fixait sur sa barque ses yeux désespérés. Elle était maintenant immobile pour toujours et, dans quelques jours, le chef des ouvriers viendrait réclamer son dû.
La prison l'attendait. Plus de nuits lumineuses et de journées éclatantes. Plus de vie libre et joyeuse, mais les murs froids d'un cachot, et la misère quand il sortirait. Le batelier pleura de longues heures.
Le jour vint. Sethos éveillé regardait avec de grands yeux étonnés le boeuf étendu, son père assis d'un air morne, et la barque immobile sur le bord du Nil. Puis il comprit à son tour, et comme son père il pleura.
Il essaya bien de joindre ses forces à celles de son père, mais la barque avançait à peine, et il aurait fallu des jours et des jours pour achever la tâche commandée.
Les villageois plaignirent les infortunés, mais la tyrannie de Mykerinos les opprimait eux aussi, et ils n'avaient pas trop de toutes leurs ressources pour satisfaire ses intendants.
Le jour passa. Une nouvelle nuit survint. Le batelier, résigné à son sort, restait assis sans bouger sur la rive du fleuve. Il regardait au loin la silhouette de la gigantesque pyramide sortir des brouillards du matin ou s'enfoncer dans la brume du soir, et il lui semblait que tout le poids de ses pierres pesait sur ses épaules.
Sethos dormait à ses pieds, brisé de tristesse et de fatigue et, comme toutes les nuits, la lune ronde montait au-dessus des collines.
Soudain un rugissement violent déchira l'air, si soudain et si proche que le pauvre homme, sa femme et son fils, réveillés en sursaut, eurent la sensation qu'ils ne pouvaient plus échapper et que le lion était sur eux.
Et ils restaient immobiles, serrés les uns contre les autres, glacés d'épouvante et les yeux grands ouverts.
Un bâillement rauque troubla le silence à nouveau. Une forme noire bondit. Sethos ferma les yeux... et il sentit un mufle humide qui caressait sa poitrine, une langue chaude et rugueuse qui cherchait ses mains.
"Aken ! Aken !" cria-t-il.
La minute d'après il pleurait dans la crinière du lion accroupi près de lui, et il lui racontait ses misères, la mort des boeufs et les menaces du chef des ouvriers.
"Si tu voulais, disait-il,... si tu voulais... Tu es fort, Aken, plus fort que dix boeufs. Tu pourrais tirer notre barque pendant quelques jours, et tu retournerais au désert après avoir sauvé ton ami Sethos. Sans doute ce n'est pas le métier d'un lion de traîner une barque avec licol au cou. Mais tu la traîneras la nuit, et je serai si heureux !"
Sans doute Aken comprenait, car il regardait Sethos avec de larges yeux bienveillants.
Il le suivit docilement quand il s'approcha de la rive du fleuve, docilement il se laissa passer au cou le cordage tressé.
Le lendemain matin, plein d'étonnement et d'épouvante, le chef des ouvriers vit arriver sur le bord du chantier un lion qui halait gravement une barque sur le Nil, et, parmi les pierres de granit, Sethos qui dansait de joie en chantant les louanges d'Aken.
Ce fut là le commencement de la fortune de Sethos, qui plus tard prit le nom de Touthemès Salen ou "le fils du lion".
D. MORNET - Janvier 1907
lundi 03 janvier
Une année de bonheur
Pour la rêveuse que je suis, la fin de l'année est le moment préféré
Après avoir rencontré le Maître du rêve, le Père Noël,
Voilà un bateau qui est toujours à l'heure: celui de la nouvelle année !
Une nouvelle croisière de 12 mois que je vous souhaite la plus belle.
N'ajoutons pas des années à la vie mais de la vie aux années:
J'ai trouvé que c'était un bien sage proverbe chinois
C'est pourquoi qu'en plus d'amour, d'argent et de santé
Je vous souhaite à toutes et tous 365 jours de joie.
lundi 11 octobre
Faveurs accordés par Amasis aux Grecs
Pour gagner l'affection du peuple et celle de la caste sacerdotale, il érigea plusieurs temples aux dieux
nationaux et décora les autres statues. En même temps il montrait aux Grecs une bienveillance qui les attirait en Egypte. Il leur donna Naucratis pour résidence, et permit à ceux qui, ne venant en Egypte que pour leur commerce, n'y résidaient pas, d'élever des temples et des autels où ils pouvaient sacrifier à leurs dieux.
Ce même esprit libéral se retrouve dans la politique étrangère. Il ne fit point de guerre, si ce n'est contre les Cypriotes, qu'il obligea à lui payer tribut ; mais il noua d'étroites relations avec les Etats voisins, avec les rois d'Assyrie et de Lydie, avec les Grecs de Cyrène, au milieu desquels il prit la reine Ladicée, fille d'un prince de ce pays, et, lorsqu'un incendie eut détruit le temple de Delphes, il donna 1000 talents d'alun pour aider à sa reconstruction. D'autres villes grecques reçurent de lui d'autres présents.
vendredi 08 octobre
Amasis (569-526) et le vase d'or
Amasis était de basse condition, et à cause de cela peu considéré de quelques-uns des grands de la cour. Il leur donna une leçon publique qui fit tomber les préventions. Parmi les objets précieux qui lui appartenaient se trouvait un bassin d'or où lui et ceux qui mangeaient à sa table avaient coutume de se laver les pieds. Il ordonna qu'on le mît en pièces et qu'on en fît la statue d'un dieu ; puis il plaça cette statue dans l'endroit le plus apparent de son palais. Personne ne manqua d'aller adorer l'image divine. Alors Amasis les réunit et leur dit :"Ce dieu à qui vous montrez tant de respect était hier un bassin servant aux plus vils usages. Il en est ainsi de moi : j'étais peu de chose d'abord, aujourd'hui je suis votre roi : rendez-moi donc les honneurs qui sont dus à la dignité royale." Depuis ce jour, il fut respecté de tous ses sujets.
mardi 05 octobre
Musée du Caire
Si vous allez en Egypte, ou si quelqu'un y va ; achetez ce livre. C'est LA bible du Musée du Caire. Il n'y a pas de mots pour le décrire, il est tout simplement splendide ! Cerise sur le gateau, on le trouve écrit dans toutes les langues.
samedi 02 octobre
Psammis et Apriès (595-569) ; révolte d'Amasis
Le successeur de Néko, Psammis (Psamétik II), ne régna que six ans et mourut au retour d'une expédition contre les Ethiopiens (589). Apriès (Ouhabrâ), qui vint après lui, combattit les Sidoniens, les Tyriens et les Cypriotes. Il voulut soumettre aussi les Grecs de Cyrène, mais cette expédition échoua. Les soldats crurent qu'il les avait envoyés là dans le dessein de les faire périr, et se révoltèrent contre lui. Il fit partir, pour les apaiser, un de ses officiers, Amasis (Ahmès). Tandis que ce chef les exhortait à rentrer dans le devoir, un Egyptien se glissa derrière lui et lui couvrit la tête d'un casque, en disant qu'ils le voulaient tous pour roi. Amasis se laissa faire cette violence et marcha contre Apriès. 
Ce prince crut qu'il suffirait d'un mot pour apaiser la révolte : il chargea un des hommes les plus distingués de sa cour, Patarbémis, d'aller prendre Amasis et de le lui ramener vivant. Patarbémis se rendit dans le camp des rebelles et signifia à Amasis l'ordre de le suivre. "Va dire à celui qui t'envoie, répondit Amasis, qu'Apriès me verra arriver bientôt en nombreuse compagnie." L'envoyé se hâta de rapporter ces mauvaises nouvelles. Apriès refusa de le croire et, le regardant comme un traître, lui fit couper le nez et les oreilles. Ce traitement injuste acheva de lui aliéner ceux qui lui étaient restés fidèles.
Il marcha cependant au-devant d'Amasis avec 30 000 hommes et le rencontra près de Momenphis ; mais il fut défait et pris. Amasis le traita avec bonté et lui donna pour résidence le palais de la ville de Saïs, jusqu'à ce que les Egyptiens, lui reprochant de laisser vivre leur ennemi et le sien, l'obligèrent à leur livrer Apriès. Dès qu'il l'eurent entre les mains, ils l'étranglèrent.
mercredi 29 septembre
Rois Ethiopiens
Au milieu de 23eme dynastie qui régnait à Tanis, un roi de Napata, jadis capitale de la Nubie égyptienne, Piânkhi-Meïamoun, descendant des grands prêtres d'Ammon, s'empara de Thèbes, de Memphis, et constitua un royaume éthiopien qui s'étendit des sources du Nil bleu aux bouches du fleuve, sans toutefois supprimer une foule de petites principautés vassales. Un de ces chefs, Bokenranw, le Bocchoris de Grecs et le fondateur de la 24eme dynastie, à Saïs, lutta d'abord victorieusement contre ses rivaux ; mais, attaqué par l'Ethiopien Shabak ou Sua (Sabacon), il fut pris et brûlé vif comme rebelle, "et la vile race des Koush" régna sur le pays de ces pharaons qui l'avaient tenue si longtemps asservie (25eme dynastie). Sabacon fut appelé par Osée, roi d'Israël, contre Salmanasar, et Taraka secourut Ezéchias contre Sennachérib ; mais il fut à son tour vaincu par l'Assyrien Assour, qui ravagea l'Egypte et emporta les dépouilles de ses temples (672). L'Egypte resta quelques années soumises à ses nouveaux maîtres, auxquels les petits rois du Delta s'étaient ralliés ; mais il était difficile que la monarchie assyrienne régnât à la fois sur le Tigre et sur le Nil. L'Egypte conservait encore trop de vitalité pour se résigner à cette domination.
dimanche 26 septembre
Escalade le la pyramide de Chéops
Les pyramides sont, comme on le sait des monuments de l'ancienne Egypte, qui servaient de sépulture royale. Les plus célèbres sont celles de Chéops, de Chéfren et de Mykérinos. Chéops ou Khoufou était un roi de la 4e dynastie. La pyramide qu'il fit élever est la plus grande de toutes.
mercredi 22 septembre
Ramsinit
A partir de ce prince, la splendeur des pharaons décline, l'obscurité augmente ; mais les prêtres plaçaient dans ces ténèbres, à défaut d'histoire réelle, des légendes qu'ils contèrent à Hérodote.
Un des rois de la vingtième dynastie, lui dirent-ils, Ramsinit, avait de très grandes richesses ; pour les mettre en sûreté, il fit élever un édifice en pierre, dont un des murs était hors de l'enceinte du palais. L'architecte, qui avait de mauvais desseins, arrangea une des pierres avec tant d'art, que deux hommes ou même un seul pouvaient facilement l'ôter. L'édifice achevé, Ramsinit y fit porter ses trésors. Quelque temps après, l'architecte, sentant approcher sa fin, manda ses deux fils et leur dit qu'en faisant le bâtiment où étaient les trésors du roi il avait usé d'artifice, afin de leur procurer le moyen de vivre dans l'abondance. Il leur expliqua clairement les dimensions de la pierre, la place où elle était, la manière de l'ôter sans qu'il y parût, et il qjouta que, s'ils observaient exactement de qu'il leur avait dit, ils se verraient les maître de l'argent du roi.
L'architecte mort, ses fils se mirent à l'ouvrage. Ils allèrent de nuit au palais, trouvèrent la pierre désignée, l'ôtèrent facilement et emportèrent de grosses sommes. Le roi étant un jour entré dans son trésor fut tout étonné, en visitant les vases où était son argent, de trouver qu'ils n'étaient plus remplis. Il ne savait qui en accuser, parce qu'il avait trouvé parfaitement intacts les sceaux qu'il avait fait apposer sur la porte. Il revint deux ou trois fois et reconnut que l'argent avait encore diminué, car les voleurs ne cessaient point de piller. Il fit alors fabriquer des pièges qu'on plaça autour des vases où étaient les trésors. Une nuit, un des jeunes gens entra, alla droit aux vases, donna dans le piège et s'y prit. Quand il se vit dans cette fâcheuse situation, il appela son frère, le conjura d'entrer au plus vite et de lui couper la tête, de crainte qu'on ne le reconnût et qu'il ne fût la cause de la perte de tous les siens. Le frère obéit, remit la pierre et s'en retourna chez lui.
Dès que le jour parut, le roi se rendit à son trésor. Quel fut son étonnement de voir ce corps sans tête pris et arrêté dans le piège, et de ne trouver nulle dégradation dans l'édifice, nulle ouverture par où l'on avait pu s'introduire !
Pour arriver à pénétrer cemystère, il fit pendre sur la muraille le cadavre et plaça des gardes auprès avec ordre de lui amener celui qu'ils verraient pleurer à ce spectacle ou en montrer l'émotion. Quand la mère du voleur sut où était le corps de son fils, elle ordonna à l'autre de mettre tout en oeuvre pour le recouvrer et le lui apporter ; elle le menaça, s'il ne lui donnait pas satisfaction, d'aller elle-même le dénoncer au roi. Le jeune homme, n'étant pas parvenu à fléchir sa mère, quelque chose qu'il pût dire, et craignant ses menaces, imagina un artifice. Il chargea sur des ânes quelques outres remplies de vin et chassa les animaux devant lui. Lorsqu'il fut près de ceux qui gardaient le corps de son frère, il délia, sans qu'on le vît, le col de deux ou trois de ses outres, et, lorsque le vin se répandit à terre, il se frappa la tête comme un homme au désespoir et qui ne savait auquel de ses ânes il devait courir. Les gardiens accoururent pour recueillir le vin qui coulait en abondance, comptant que c'était autant de gagner pour eux. Le jeune homme feignit d'être en colère et leur dit beaucoup d'injures ; mais il cessa peu à peu ses emportements, fit semblant de s'apaiser et détourna ses ânes du chemin pour refermer plus aisément les outres. Il s'entretint ensuite avec les gardes, et, comme ils tâchaient de l'égayer en lui faisant des plaisanteries, il leur donna une de ses outres. Ils s'assirent aussitôt dans le lieu où ils se trouvaient et, ne pensant plus qu'à boire, pressèrent le jeune homme de rester et de leur tenir compagnie. Il se laissa persuader, demeura avec eux et leur donna encore une outre. Les gardes burent avec excès, s'enivrèrent, puis, vaincus par le sommeil, s'endormirent à l'endroit même où ils avaient bu. Dès que le jeune homme vit la nuit avancée, il leur rasa par dérision la joue droite, détacha le corps de son frère, le chargea sur un de ses ânes et revint chez lui, ayant ainsi exécuté les ordres de sa mère.
Lorsque le roi apprit qu'on avait enlevé le corps du voleur, il entra dans une grande colère ; mais, comme il voulait absolument savoir qui avait fait le coup, il chargea un de ses ministres de se rendre déguisé dans un endroit de la ville, et là de faire connaître qu'il donnerait une grande récompense à celui qui lui raconterait la plus belle histoire. Le voleur, l'ayant appris, reconnut le piège et voulut montrer qu'il était plus habile que le roi. Il coupa près de l'épaule le bras d'un homme nouvellement mort, le mit sous son manteau et alla trouver le ministre du roi. Celui-ci lui fit les questions qu'il adressait à tous les autres. Le voleur lui raconta ce qu'il avait fait. Il finissait à peine, que le ministre veut l'arrêter. Comme ils étaient dans un lieu obscur, le voleur lui tendit le bras du mort que l'autre saisit, et dans le même temps il s'échappa.
Le roi, informé de ce qui s'était passé, fût extrêmement surpris de la ruse et de la hardiesse de cet homme. Il fit publier dans toutes les villes de son obéissance qu'il lui accordait sa grâce, et que, s'il voulait se présenter devant lui, il le récompenserait magnifiquement. Le voleur se fia cette fois à la parole du roi et se rendit au palais. Ramsinit conçut pour lui une si grande admiration, qu'il lui donna sa fille en mariage.
Voilà une histoire digne des Mille et une Nuits, quoiqu'elle soit bien vieille ; mais le goût du merveilleux a de tout temps existé dans l'Orient. Les prêtres faisaient descendre le même roi tout vivant aux Enfers, sans toutefois s'être mis en frais d'imagination pour raconter une pareille entreprise : ils ne dirent à Hérodote ni par quels moyens Ramsinit y alla, ni dans quel but. Il y trouva Cérès, joua aux dés avec elle, tantôt gagna et tantôt perdit. Au retour, la déesse lui fit présent d'une serviette d'or : c'était bien peu pour un si grand voyage ! Quand les Grecs faisaient tenter la même aventure par Hercule et Thésée, la chose valait au moins la peine, et, à défaut de raisons, ils trouvaient des prétextes : l'un y arrachait Alceste des mains de la Mort, l'autre voulait ravir Proserpine à Pluton, le dieu des Enfers.
samedi 18 septembre
Le crocodile et le voleur
Un voyageur anglais raconte en effet qu'il tua, en Egypte, sur les bords du Nil, un crocodile de grande taille, dans l'estomac duquel il trouva :
- Une boucle de ceinture, une boucle de pantalon, quatorze boutons en métal, une paire de boutons de manchettes, soixante-treize clous de souliers, quarante-trois oeillets de chaussures, un couteau à six lames, une bourse en métal contenant des pièces de monnaie anglaise, trois bagues en or ornées de brillants, un chronomètre en métal, un étui à cigarettes et une boîte d'allumettes en vermeil, enfin, une petite boussole de poche.
On imagine aisément la surprise du voyageur. Il ne savait pas, et l'on ne savait point non plus avant lui, que les crocodiles eussent de telles fringales. Il y avait là, certainement, quelque fait anormal. Notre voyageur en eut bientôt la preuve.
Quelques jours plus tard, en effet, se trouvant à l'hôtel, il montrait à ses voisins de table le chronomète, l'étui à cigarettes et la boîte d'allumettes qui portaient un chiffre composé de deux initiales, lorsqu'il vit un gentleman se lever vivement de sa place et se diriger vers lui en donnant les marques de la plus ardente curiosité.
Le gentleman s'approcha de notre voyageur et le pria de lui confier, pour un instant, les objets qu'il venait de montrer. A peine les eut-il examinés, qu'il poussa une exclamation : ce chronomètre, cet étui à cigarettes et cette boîte d'allumettes, il les reconnaissait pour lui avoir appartenu.
Il raconta alors que, six semaines auparavant, on lui avait dérobé ces trois objets, plus trois bagues ornées de pierres précieuses. Ce vol coïncidait avec la disparition de l'un de ses domestiques qu'il soupçonnait d'être l'auteur du larcin, mais dont il n'avait jamais pu retrouver la trace, malgré toutes ses recherches.
Notre voyageur, qui, on le sait, avait aussi trouvé trois bagues en or dans l'estomac du crocrodile, ne douta pas un instant de la véracité de l'affirmation du gentleman. Il lui montra , en effet, les trois bagues, que celui-ci reconnut parfaitement, ainsi que la bourse en métal et le couteau qui, eux, avaient appartenu au domestique.
Il fut facile de reconstituer les détails de l'aventure.
Son vol accompli, le domestique infidèle, s'était enfui. Après avoir sans doute beaucoup couru, et ne se voyant pas poursuivi, il s'était très probablement endormi, harassé de fatigue, au bord du Nil ; et c'est là que le crocodile, en quête de son déjeuner, était venu le cueillir tandis qu'il dormait. L'animal avait bien digéré tout le reste, mais les objets en métal n'avaient pas voulu passer !
Et c'est ainsi que, par les voies les plus inattendues, le volé rentra dans son bien, et que le voleur reçut le châtiment, un peu excessif, il est vrai, de sa mauvaise action.
mardi 14 septembre
Les bouches du Nil
Les fleuves ont à leur embouchure la plus grande masse de leurs eaux. Contrairement à ce principe, le Nil
diminue à mesure qu'il approche de la mer, parce qu'il reçoit en Egypte aucun affluent et qu'il y alimente de nombreux canaux de dérivation. Des cataractes de Syène, si célèbres dans l'antiquité et qui pourtant n'étaient pas bien terribles, jusqu'à Memphis, le Nil coule dans un seul lit. A la pointe du Delta, il se sépare et va se jeter dans la mer par des embouchures dont le nombre a souvent varié. Les anciens en connaissaient sept : les bouches Canopique, Bolbitine, Sébennytique, Phatnique, Mendésienne, Tanitique et Pélusienne. Les seules branches qui versent aujourd'hui leurs eaux à la mer sont celles de Rosette et de Damiette ; les autres ne sont plus que des canaux. Comme dans cette partie de son cours le fleuve répand librement ses eaux sur ses rives, le Delta avance peu, d'un mètre seulement par année en moyenne, tandis que le Pô, qui est endigué, fait chaque année reculer la mer de 25 mètres, par les sables et le gravier qu'il apporte.
vendredi 10 septembre
Aspects divers de l'Egypte
"Les champs du Delta offrent trois tableaux différents, selon les trois saisons de l'année égyptienne. Dès le milieu du printemps, les récoltes déjà enlevées ne laissent voir qu'une terre grise et poudreuse, si profondément crevassée, qu'on ose à peine la parcourir. A l'équinoxe d'automne, c'est une immense nappe d'eau rouge et saumâtre, du sein de laquelle sortent des palmiers, des villages et des digues étroites qui servent de communication. Après la retraite des eaux, on n'aperçoit plus, jusqu'à la fin de la saison, qu'un sol noir et fangeux. C'est pendant l'hiver que la nature déploie toute sa magnificence ; alors la fraîcheur, la force de la végétation nouvelle, l'abondance des productions qui couvrent la terre, surpassent tout ce que l'on admire dans les pays les plus vantés. Durant cette heureuse saison, l'Egypte n'est d'un bout à l'autre qu'une magnifique prairie, un champ de fleurs ou un océan d'épis : fertilité que relève le contraste de l'aridité absolue qui l'environne.
"... Sous ce climat heureux, où l'eau n'est jamais glacée, où la neige est un objet inconnu où les arbres ne quittent leurs feuilles que pour en produire de nouvelles, la végétation n'est jamais suspendue, et le laboureur, comblé dans ses voeux, ne compterait qu'une saison constamment productive, si les circonstances du débordement du Nil ne limitaient la culture à une partie de l'année : aussi, quand les travaux des hommes suppléent aux inondations, la terre peut donner jusqu'à deux ou trois récoltes dans un an. Aux avantages qu'elle tient de la nature son antique civilisation ajoute pour le voyageur éclairé un charme particulier. La Thébaïde, riche surtout en monuments et en souvenirs anciens, semble vraiment un pays enchanté ; c'est l'impression qu'elle produit jusque sur les esprits les moins cultivés. Vingt cités et beaucoup de lieux inhabités offrent au voyageur toujours surpris ces grands édifices antiques, chefs-d'oeuvre de l'architecture, non seulement par leur masse imposante, leur caractère grave et religieux, mais par leur belle et simple ordonnance, par l'élégante et sage disposition des sculptures emblématiques qui les décorent et par la richesse inconcevable de leurs ornements, qui ne sont jamais insignifiants.
"Thèbes, bouleversée par tant de révolutions, Thèbes, maintenant déserte, remplit encore d'étonnement ceux qui ont vu les antiques merveilles de Rome et d'Athènes ; Thèbes, à l'aspect de laquelle nos armées victorieuses s'arrêtèrent spontanément, en poussant un cri unanime de surprise et d'admiration ; Thèbes, célébrée par Homère et, de son temps, la plus belle ville du monde, après vingt-quatre siècles de dévastation, en est encore plus étonnante. On se croit dans un songe quand on contemple l'immensité de ses ruines, la grandeur, la majesté de ses édifices, et les restes innombrables de sa magnificence..."
* Il pleut très rarement en Egypte. A Alexandrie, du mois de novembre 1798 au mois d'août 1799, Marmont ne vit pleuvoir qu'une seule fois, durant une demi-heure. Le canal de l'isthme de Suez a changé ces conditions météorologiques, à l'orient du Delta. J'ai vu peu de pluie dans l'ancienne terre de Gessen.
* Thèbes occupait toute la largeur de la vallée du Nil et remontait des deux côtés jusque sur les premières assises des montagnes. De pauvres villages, Médinet et Gournah sur la rive gauche, Louqsor et Karnak sur la rive droite, font tache au milieu de ces ruines grandioses, monuments d'une civilisation puissante. Les palais de Karnak couvraient à eux seuls 130 hectares enfermés dans une enceinte de briques.
mardi 07 septembre
Inondations péridiques du Nil
Chaque année, presque à jour fixe, du 20 juin au 1er juillet, ce fleuve grossit peu à peu durant cent jours; franchit ses rives dans la moyenne Egypte et dans le Delta et se répand sur tout le pays jusqu'à la fin de septembre, imbibant la terre d'une quantité d'eau qui, avec les rosées abondantes des nuits, suffit pour nourrir les plantes le reste de l'année. A partir du commencement d'octobre il baisse, se retire et rentre enfin au solstice d'hiver dans son lit, laissant sur les terres qu'il a recouvertes un limon gras et léger qui sert d'engrais ; il continue à décroître jusqu'à la fin mai. Il faut que la crue soit de 7 mètres à 7 mètres et demi pour que l'inondation recouvre tout le sol labourable et que la récolte soit abondante. S'il monte moins haut, une partie seulement des terres est arrosée et peut être ensemencée. Au-dessus de 8 mètres, la crue devient nuisible, parce que les eaux séjournent trop longtemps sur les terres ; passé 8 mètres et demi, la famine est certaine, car on ne peut faire les semailles dans un sol marécageux, et il y a danger de peste. Dans la haute Egypte, le fleuve étant encaissé entre des rives élevées, l'inondation est artificielle. On a calculé que l'exhaussement du sol de l'Egypte dû aux dépôts du Nil était de 0m,126 par siècle.
Ce phénomène, qui semblait jadis merveilleux et inexplicable, est fort simple et non particulier au Nil. Tous les fleuves dont les sources sont dans la zone torride ont aussi des crues régulières dues aux pluies périodiques qui tombent dans cette région. Or les montagnes au pied desquelles se sont formés les grands lacs dont le Nil ou les fleuves qui alimentent son cours supérieur sont le déversoir s'élèvent au sud du tropique du Cancer. Elles reçoivent chaque année, à l'époque de la mousson du sud-ouest, c'est-à-dire dans la saison des pluies, d'énormes masses d'eau qui gonflent les lacs, puis le Nil, et que le fleuve emporte avec le limon arraché de ses rives vers la vallée inférieure. Sans lui, l'Egypte eût été recouverte par les sables, et le désert, dant toute son aridité, se fût étendu jusqu'à la mer Rouge. Que serait-il arrivé, s'il en avait été ainsi ? Supposez un pli de terrain arrêtant le cours du Nil vers la Méditerranée et le rejetant dans la mer Rouge : l'Egypte, telle que nous la connaissons, c'est-à-dire un des foyers de la civilisation du monde et le lien de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, était supprimée. La Grèce ne pouvait rien tirer d'elle ; Alexandre n'y venait point ; l'Afrique restait un monde à part, à jamais solitaire, et une infranchissable barrière s'élevait entre l'Europe et l'Inde, dont la vallée du Nil a été le grand chemin.
Histoire Ancienne 1880 par Victor Duruy
mercredi 11 août
Les Impurs
Les nombreux captifs ramenés par les pharaons de leurs expéditions avaient été condamnés aux rudes labeurs ; ils travaillaient aux carrières et creusaient des canaux ; ils fabriquaient des briques et construisaient des buttes pour contenir l'eau du Nil. Les exigences du maître donnèrent de la résolution aux esclaves, lorsque ce maître cessa d'être un pharaon puissant et victorieux devant qui tous tremblaient. On a vu le récit de la Bible sur l'exode des Juifs, voici la tradition égyptienne : les Impurs étaient en hostilité continuelle avec les villes de population égyptienne. Aménophis, pour en délivrer ses Etats, les relégua dans les carrières, à l'orient du Nil, et Avaris, l'ancienne forteresse des rois pasteurs, leur fut assignée comme retraite. Mais, réunis en ce lieu, les Impurs se constituèrent en corps de nation, sous le commandement d'un prêtre d'Héliopolis, nommé Osarsyph, qui leur donna des lois religieuses et civiles entièrement opposées à celles des Egyptiens. Ensuite, ayant relevé les fortifications d'Avaris, ils envahirent l'Egypte au nombre de 200 000 hommes. Aménophis se rappela une ancienne prédiction qui annonçait que l'Egypte tomberait pour treize ans au pouvoir des Impurs. Frappé d'épouvante, il s'enfuit en Ethiopie avec son armée et une multitude d'Egyptiens. Pendant les treize années que dura cette retraite ; l'Egypte essuya les plus affreux ravages. Enfin le jour de la vengeance arriva : Aménophis et son fils Ramsès rentrèrent en Egypte défirent les Impurs et les repoussèrent dans le désert.
dimanche 08 août
Grands rois de la dix-huitième et dix-neuvième dynastie
De l'expulsion des rois pasteurs date pour l'Egypte une prospérité qui dura plus de mille ans. Protégée par les déserts qui l'entourent et par sa forte organisation politique, elle put développer sans obstacle cette civilisation que les plus grands hommes de la Grèce vinrent étudier. Cette époque commence avec les princes de la dix-huitième dynastie (1703-1462) : Amosis le libérateur ; Thoutmès 1er, qui érigea, sur les bords de l'Euphrate et du Nil supérieur, des stèles en commémoration de ses victoires ; la régente Hatasou, dont le temple de Deir-el-Bahari, à Thèbes, raconte les exploits ; Thoutmès III, le conquérant de l'Asie occidentale et du Soudan, "qui posa les frontières de l'Egypte où il lui plut," dit l'auteur d'un chant héroïque gravé sur une stèle du musée de Boulacq ; Aménophis III, le Memnon des Grecs, le roi à la statue parlante°, qui, au lever du soleil, "saluait l'aurore, sa mère divine." Dans le tombeau de la mère d'Amosis on a trouvé tout un trésor de bijoux précieux du plus rare travail.
Cette fortune se maintint sous les princes de la dix-neuvième dynastie (1462-1288), dont plusieurs glorifièrent le nom de Ramsès. Séti Ier, après avoir porté ses armes jusqu'en Arménie, construisit la salle hypostyle de Karnak, un des chefs-d'oeuvre de l'architecture égyptienne. Il ouvrit même, du Nil à la mer Rouge, un canal dont on voit encore les vestiges, et, sur la route aride des mines d'or de Gebel-Atoky, il creusa un puits qu'il faut bien appeler artésien, puisque l'eau en jaillissait. Son successeur, Ramsès II, est le Sésostris°° à qui les Grecs ont attribué toutes les conquêtes des anciens rois. Il fut certainement un prince guerrier, car des stèles trouvées près de Beyrouth, et tout un poème gravé sur l'un des murs de Karnak, attestent encore ses exploit.
° - Le phénomène des bruits que faisait entendre cette statue au lever du soleil, et qu'on appelait la Voix de Memnon, ne commença que vingt-sept ans avant J.-C., quand, un tremblement de terre ayant brisé la partie supérieure du colosse, la statue du roi offrit à la rosée de la nuit une surface irrégulière où l'eau pénétra. Les premiers rayons du soleil faisaient au matin crépiter le granit par l'évaporation rapide de cette humidité, phénomène qui se reproduit partout dans des conditions analogues.
°° - Sésostris, si célèbre chez les Grecs, n'est pas nommé par l'Egyptien Manéthon. M. de Rougé a résolu cette difficulté, après une comparaison attentive des papyrus et des inscriptions. Le nom de Ramsès Meïamoun s'écrit souvent par abréviation Ses ou Sesou (pour Ramsès), avec le surnom Meïamoun, ou Aimant Ammon ; de Sesous vint le Sesoosis de Diodore et Sesostris d'Hérodote, qui est par conséquent le même personnage que Ramsès Meïamoun. M. Mariette à trouvé une nouvelle table d'Abydos où Ramsès II (Sésostris) fait une offrande à soixante-seize rois ses prédecesseurs. Il a découvert près du sphinx un temple primitif qui ne ressemble en rien aux temples déjà connus.
jeudi 05 août
Les Hycsos (2200-1700)
L'Egypte comptait déjà vingt-cinq siècles peut-être d'existence comme nation, lorsque, sous le roi Timaos, une horde de pasteurs nomades, connus sous le nom d'Hycsos, pénétra par l'isthme de Suez dans la vallée du Nil, et fit la conquête du Delta et de la moyenne Egypte (2200). Leurs rois, dont le premier fut Salatis, se fixèrent à Memphis. Ils fortifièrent l'entrée du Delta du côté du désert d'Arabie et défendirent, par une garnison de 240 000 hommes, la place d'Avaris (Péluse), pour empêcher que d'autres nomades ne suivissent leurs traces. Ces étrangers n'arrêtèrent cependant pas le développement de la civilisation égyptienne et ne firent point comme on l'a cru longtemps, aux Egyptiens et à leurs temples, une guerre d'extermination. Ce fut un de leurs rois, peut-être celui dont on vient de retrouver les monuments à Tanis, qui prit Joseph pour ministre.
Les Hycsos dominèrent durant cinq siècles environ dans la moyenne et la basse Egypte. Les pharaons indigènes formèrent en même temps une série de souverains dans la Thébaïde. Ils y conservèrent le précieux dépôt des traditions de la civilisation nationale et y organisèrent la résistance contre la domination étrangère. Il y eut de longues guerres entre les anciens et les nouveaux maîtres du pays ; ceux-ci furent à la fin vaincus par les rois de Thèbes et peu à peu repoussés jusqu'aux murs d'Avaris, où Amosis les enferma. Thoutmosis parvint à les chasser de cette place et délivra l'Egypte de ces pasteurs qui lui étaient odieux à tant de titres. Cet évènement, le plus important de ceux dont on a gardé le souvenir pour ces temps reculés, peut se placer vers l'an 1700. Les Egyptiens se plurent à en retracer sur leurs monuments les divers incidents. Aujourd'hui encore on trouve aux environs du lac Menzalech des hommes aux membres robustes, aux traits anguleux, qui paraissent les descendants des pasteurs.
* Hycsos ou Hiq-Shous, roi des pillards, nom donné par les Egyptiens aux rois pasteurs.




































