Comme il en va pour toute étude de ville ancienne, l'inventaire est établi des couches successives, au fur et à mesure que les fouilles descendent ; cet hiver, quatre cents ouvriers se sont employés à dégager la couche supérieure du tertre, qui a montré les ruines d'une cité copte (premiers chrétiens d'Egypte) du Xe siècle. Dans ces ruines ont été trouvés, couvertes d'une poussière brune peu séduisante, des poteries du début de l'époque islamique, une échoppe de pharmacien avec un vase encore rempli de scarabées, tels que la pharmacopée indigène actuelle en prépare encore, et une jarre de terre haute d'un mètre, pleine de papyrus d'un grand intérêt historique, couverts d'écrits coptes et arabes et encore cacheté de leur sceau d'argile.
Enfin, on y a mis au jour un écrit, volume relié en cuir que l'on connaissait mais sans avoir pu jamais le découvrir, et qui donne des indications relatives à Mahomet : une estimation en a été faite à plus de 300 000 francs. Mais aucun objet provenant de fouilles françaises n'est mis en vente.
Tant de découvertes sensationnelles, relatives à tant d'époques variées et qui amènent, en même temps qu'un trésor d'art pour notre musée du Louvre, des enseignements d'un intérêt capital pour l'histoire, font grand honneur à nos patients et modestes chercheurs.
Elles montrent ce que peuvent, même avec les moyens si réduits que procure un change déprécié, l'énergie et l'intelligence françaises. Là comme toujours elles savent travailler dans un recueillement ennemi de toute réclame. "Connais-toi toi-même", dit le proverbe. Il importe que nous sachions comment, isolés au loin, nos savants contribuent au rayonnement intellectuel de la France.

G. DE GIRONCOURT - Article publié dans Lecture pour tous en janvier 1926

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