On sait que les travaux archéologiques s'accompagnent d'une oeuvre de restauration dont les dépenses sont si lourdes qu'elles limitent très vite le champ des investigations : dans l'enceinte du grand temple si fameux de Karnak, tout n'a même pas été exploré.
Les nations soucieuses de participer au soulèvement du voile mystérieux qui nous cache des choses du passé sont représentées au Caire par des fondations de recherches, dont voici l'énumération succincte :
Les fouilleurs américains sont l'éminent George Reissner, pour l'Université de Harward, et Boak pour l'Université du Michigan ; les chercheurs anglais sont Robert Mund, qui agit pour son propre compte tout en représentant l'Université de Liverpool, et Howard Carter dont on se rappelle les démêlés avec le gouvernement égyptien : la conséquence en fut que la tombe de Tout-Ankh-Amon resta fermée durant la dernière saison de fouilles, l'hiver dernier, recouverte d'éboulis, et gardée par un piquet de soldats. L'Italie a fait de très belles trouvailles grâce au professeur Monneret de Villars, et les Allemands, qui avaient disparu d'Egypte, tendent à y revenir avec la puissance du mark-or.
La France possède au Caire une belle et spacieuse maison : l'Institut français d'archéologie orientale installé au palais de Mounéra, où sont à la fois magnifiques salles de réception, de vastes bibliothèques, de clairs et spacieux laboratoires, et de commodes appartements pour les savants qu'elle y entretient en pensionnaires et qui y travaillent activement, sous la direction éminent de M. George Foucart.
Passons en revus leurs magnifiques découvertes.
A Abou-Roach, à dix-sept kilomètres à l'ouest du Caire, auprès de la pyramide de ce nom, où depuis trois ans, la science française s'est installée, M. Fernand Bisson de la Roque, après MM. Joignet et Coullomp, vient de retrouver toute une succession de sépultures dont les plus anciennes remontent aux temps préhistoriques où les corps étaient enterrés dans la posture repliée. C'est le temps de la troisième dynastie (vers l'an 2900 av. J.-C.) : on peut dire que le début du calendrier égyptien, 4241 avant Jésus-Christ, appartient tout à fait à la préhistoire ; nous savons extrêmement peu de chose sur des pharaons tels que Ménès (3300 av. J.-C.), Joser (2900 av. J.-C.), etc.
Or tous les stades funéraires, depuis cette époque jusqu'à l'apparition du premier sarcophage, figurent dans les tombeaux d'Abou-Roach, qui s'échelonnent du tumulus à la pyramide.
Et combien intéressant est ce premier sarcophage, d'un poids de près de deux tonnes, et qu'on ne pourra ramener à la lumière qu'en le remontant à plus de dix-huit mètres par son puits étroit où il peut tout juste passer ! Et nul doute qu'il sera exhumé, car nulle pièce n'est plus curieuse pour l'histoire ; sur ces parois apparaissent les premiers rudiments de ce qui sera plus tard l'art égyptien : voici encore, en éléments linéaires les pieux d'enceinte, ornement préhistorique des habitations, tels qu'on les trouve encore dressés à l'entrée des cases royales du Cameroun ou de Madagascar ; ils deviendront plus tard les mâts flammés ornant si brillamment les façades des célèbres temples. Voici aussi le motif de la fausse porte qui sera plus tard la base de l'ornementation funéraire... Et il faut noter que ce sarcophage est encore d'une époque bien antérieure à celle où les Egyptiens avaient appris à momifier leurs morts. Nous touchons maintenant du doigt le premier chaînon de l'évolution égyptienne sur lequel on n'avait pu faire que des hypothèses : il confirme que la magnifique civilisation des bords du Nil avait ses origines autochtones.
Un tombeau a été de plus identifié à Abou-Roach comme étant celui du fils de Didoufri, pharaon dont le règne n'était pas connu.