C'est Pharos, petit voisin de la côte d'Egypte, qui a donné son nom aux phares. Sous les Ptolémées, y fut construite une grande tour du sommet de laquelle un feu éclairait au loin les navigateurs, pour les empêcher d'aller se jeter sur les rochers. Ce fut un architecte, nommé Sostrate, qui construisit cet édifice, qualifié par les anciens de "rare et merveilleux".
Après avoir achevé son ouvrage, Sostrate y grava son nom fort profondément dans la pierre, et le recouvrit d'un enduit de plâtre, sur lequel il inscrivit, en grandes lettres très apparentes, le nom du roi qui régnait alors. Sostrate avait prévu ce qui devait arriver. Au bout de peu de temps, de quelques années seulement, le plâtre tomberait avec les grandes lettres qu'il portait. Il tomba, en effet, et alors apparut cette inscription : "Sostrate de Cnide, fils de Dexiphane, aux Dieux sauveurs, pour ceux qui sont battus des flots."
Ainsi cet architecte n'a pas eu en vue le moment présent, le court instant de la vie, mais l'heure actuelle et les années à venir, tant que la tour serait debout et que subsisterait l'oeuvre de son talent.
"Voilà, conclut le grand critique, historien et humoriste Lucien de Samosate à qui nous devons ce récit, voilà comment il faut écrire l'histoire. Il vaut mieux, prenant la vérité pour guide, attendre sa récompense de la postérité que nous livrer à la flatterie pour plaire à nos contemporains. Songeons à l'avenir, à la postérité."