La science française vient de marquer en Egypte une nouvelle étape, cette fois capitale pour l'avancement de nos connaissances historiques : une nécropole extrêmement ancienne a été mise au jour, qui nous fournit des documents irréfutables sur l'origine de la civilisation égyptienne, désormais démontrée autochtone ; un grand temple surgit du sol qui nous révèle un culte ancien, et un énorme sanctuaire beaucoup plus fréquenté et plus ancien que celui, si célèbre, d'Ammon ; un quartier de Thèbes est trouvé sous les éboulis d'une montagne, qui nous apporte, sur les peintres et les sculpteurs décorateurs des fameux hypogées de la Vallée des Rois, tout un état civil précieux ; enfin une cité antique revient à la lumière, tout d'abord par ses couches supérieures du Xe siècle, qui livrent des papyrus importants.
Tout d'abord, qui fouille en Egypte et dans quelles conditions ? se demandera-t-on en apprenant, après la trouvaille du caveau de Tout-Ankh-Amon, l'apparition successive de tant de trésors d'art ou de sources d'histoire.
Ce sont seuls les organismes scientifiques ou des ministères à qui des concessions de fouilles sont octroyées par le gouvernement égyptien, sous le contrôle de son service archéologique, qui possède le musée du Caire. Ces concessions ne sont pas onéreuses ; elles sont astreintes seulement à un léger droit de garde. Elles sont annuelles, mais renouvelables et révocables, et entraînent l'obligation du gardiennage des travaux. Les trouvailles jusqu'ici étaient expertisées et partagées par moitié entre le concessionnaire et l'administration des antiquités, mais de nouveaux règlements vont permettre désormais à l'Egypte de choisir et de retenir pour elle, sans compensation, toutes les pièces qui lui plairont.
L'intensité de la chaleur estivale, en même temps que la répartition des pluies, et l'arrivée de la crue du Nil, assignent aux travaux de fouilles des périodes favorables, limitées pour la Haute-Egypte, par exemple à Thèbes, à quelques mois de l'hiver : décembre pour la préparation, et janvier et février pour l'éxécution des travaux. Dans les environs du Caire (zone des Pyramides) les recherches peuvent se poursuivent encore pendant les mois d'avril et de mai.
La main-d'oeuvre se recrute sur place ; elle comprend d'une part, généralement pour un dixième de l'effectif, des spécialistes déjà entraînés que l'on rémunère à raison d'environ dix piastres égyptiennes par jour (dix francs français) alors que le gros des équipes est formé de Nubiens et d'Egyptiens, parmi lesquels beaucoup d'adolescents, dont le salaire se limite à cinq piastres (cinq francs).
On peut se demander comment, après tant de siècles de déprédations causées par les invasions et les pillages, puis tant d'années d'investigations méthodiques par les archéologues, il peut encore rester sous la terre d'Egypte quelques vestiges à découvrir. La raison en est donnée par l'immensité des surfaces couvertes jadis par la civilisation magnifique des pharaons. Sur plus de quatre-vingts kilomètres d'étendue, le long de la vallée du Nil, à l'ouest du Caire, le rebord du plateau libyque n'est qu'une vaste nécropole pour ainsi dire sans solution de continuité, hérissée çà et là de pyramides de toutes tailles.
Là gisent encore des débris de tant d'empires qu'ils enfouissaient avec leurs morts, pour leur assurer bonne survie, tous les objets de la vie réelle, en nature pour les rois, en reproduction ou peinture pour les autres sujets.

Article publié en 1926 par G. de GIRONCOURT