Au  bout de neuf ans, continue Diodore, Sésostris revint dans ses Etats, traînant d'immenses dépouilles et une foule de captifs qu'il fit travailler à l'assainissement et à l'embellissement de l'Egypte. Il bâtit des villes, éleva des chaussées, pour que les habitants pussent communiquer entre eux pendant l'inondation. Diodore lui attribue encore le partage de l'Egypte en trente-six districts appelés nomes, à chacun desquels il préposa un monarque chargé du recouvrement des impôts et des autres fonctions administratives ; mais c'était une très-ancienne division du pays.
8794633_pLes monuments qu'il construisit sont en nombre indéfini. Il éleva ou acheva le grand temple de Phtah à Memphis, le Ramesséum à Thèbes, les magnifiques constructions qu'on voit encore à Karnak, le temple des colosses, les obélisques de Louqsor, dont l'un s'élève aujourd'hui sur la plus belle de nos place, les deux temples d'Ibsamboul, creusés dans le roc ; la façade de l'un est décorée de huit cariatides hautes de 12 mètres ; celle de l'autre, le Spéos de Phra, s'annonce par quatre colosses haut de 20 mètres, taillés en plein dans la montagne et qui de là dominent majestueusement le fleuve et le désert.
Quelques écrivains placent la sortie d'Egypte des Israélites sous Ménephtah, fils de Ramsès II, ou sous son petit-fils, Séti II, "alors que le pays d'Egypte s'en allait à la dérive."

L'obélisque qui se trouve maintenant à Paris a été pris dans les ruines de Thèbes. C'est un seul morceau de granit rose, haut de 22m,83, large à sa base de 2m,44, pesant 220 528 kilogrammes. Les quatre faces de l'obélisque sont recouvertes de caractères hiéroglyphiques au nombre de 1 600, distribués sur chaque face en trois bandes longétudinales et parallèles, les caractères de la bande du milieu étant sculpté à 14 centimètres de profondeur, ceux des deux autres à une profondeur moitié moindre. Les inscriptions se divisent sur chaque face en trois parties :ruines_de_louxor
* immédiatement au-dessous deu pyramidion, le bas-relief des offrandes, qui occupe toute la largeur de chaque face ;
* en tête de chaque colonne d'hiéroglyphes, un encadrement surmonté de la figure de l'épervier symbolique avec la coiffure royale, et terminé en franges ; c'est la bannière royale ; elle renferme les titres du prince nommé dans l'inscription ;
* l'instruction proprement dite, dont les signes, divisés en trois colonnes parallèles, se lisent de haut en bas. Quelques groupes de signes sont enfermés dans un encadrement régulier. Ces encadrements ou cartouches contiennent les noms propres des rois ou des divinités. Les cartouches de l'obélisque de Paris rappellent les noms de Ramsès II, qui en commença les sculptures, et ceux de Ramsès III, qui les acheva, il y a 3400 ans. Les inscriptions célèbrent la gloire des deux rois, leurs victoires, leur piété, et rappellent les monuments qu'ils ont élevés. Dans le bas-relief des offrandes, Ramsès, coiffé du pschent complet, symbole de son autorité sur la haute et basse Egypte, et surmonté du globe ailé du soleil, fait au grand dieu éponyme de Thèbes, Ammon-Râ, l'offrande du vin. Aux louanges d'usage, la colonne médiale ajoute que Ramsès est le fils préféré du roi des dieux, celui qui sur son trône domine le monde entier. On mentionne le palais qu'il a fait élever dans l'ôph du midi (la partie méridionale de Thèbes). Le titre de bienfaisant lui est donné dans l'inscription de droite, qui ajoute : "Ton nom est aussi stable que le ciel ; la durée de ta vie est égale à la durée du disque solaire." Ramsès porte, dans la bannière de l'inscription de gauche, le titre de chéri de la déesse de la vérité, l'engendré du roi des dieux pour prendre possession du monde entier. Les trois colonnes sont uniformément terminées par un cartouche contenant le nom propre du roi, le fils du Soleil, le chéri d'Ammon, Ramsès.

Histoire Ancienne 1880 par Victor Duruy